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Il faut demander plus à l'impôt

et moins aux contribuables

 

Alphonse Allais

 

Outil fiscal

Les contributions incitatives sont des micro-taxes payées sur les activités polluantes. L'argent récolté permet aux plus démunies d'investir dans les transitions écologiques et énergétiques. 

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Un résumé de la pensée de l'auteur sur la crise écologique 
1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 06:20

marine.jpgEn cette période de montée du Front National, de crise nucléaire japonaise, de débat, contesté, sur la laïcité, la classe politique française, les chroniqueurs médiatiques, les politologues  et autres experts paraissent désemparés devant l'évolution de la société.

Prenons quelques exemples qui montrent à quel point les vieux clivages et les vieilles grilles d'analyses ne conviennent plus pour comprendre notre monde. 

 

1-L'inventaire du désastre:

Vu aujourd'hui une affiche du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) de Besancenot  dont je résume le propos : "A bas le capitalisme vert, vive l'écosocialisme!"  Mon commentaire : l'écologie, en prenant une place de plus en plus importante dans le débat public, gêne les clivages manichéens d'antan. Il suffit donc de couper l'écologie en bon et méchant et on retrouve nos rassurantes certitudes !

Le parti socialiste, après avoir retrouvé des couleurs, nous prépare son projet politique. On peux être inquiet en lisant ce billet de Pierre Moscovici sur son blog: la solution à nos problèmes? La croissance, bien sûr!  Comme si il suffisait de la décider, sans analyser pourquoi nous en avons  de moins en moins depuis 30 ans! Car, elle ne se décrète pas, la croissance, et même si l'emprunt a pu être un des outils de ce miracle, est-on bien sûr que cela suffise à la déclencher?

 

Le désarroi, on le trouve aussi, bien entendu, du côté de l'UMP. Ses déconfitures peuvent se lire dans l'échec d'un projet de société qui prétendait réformer la société française par la libéralisation économique. Or, la crise est toujours là. 

 

Les experts sont bien embêtés : ceux qui ont préconisé la libéralisation ont échoué, mais ceux qui ont vanté la relance par la demande dix ans auparavant n'ont pas réussi non plus. Les vieux débats du XXéme siècle sont morts.

 

Et puis, "les français sont des veaux", comme disait le général De Gaulle: Ils votent pour le Front National. Les politologues sont désemparés : la montée semble irrésistible et on ne comprend pas pourquoi le pays des Droits de l'Homme devient  le berceau de cette montée d'un parti d'extrême-droite.

 

2-La méconnaissance de la population française:

Depuis plus de 10 ans, les experts en politique française en sont convaincus : les français, les classes populaires françaises votent Front National à cause de la violence et de l'insécurité, parce qu'ils sont racistes et n'aiment pas les arabes et les étrangers. Il suffit donc de leur raconter l'insécurité à longueur de JT et de les rassurer sur la politique musclée de la France en ce domaine pour gagner leur suffrage. Avec leur sondage creux, aux questions fermés et orientés, les politologues ont renforcé cette impression.

Mais qui a pris la peine de rentrer dans leur lieu de vie, de s'arrêter et d'avoir, avec eux, une vraie conversation? Qui a discuté avec ces français des banlieues, à part ces radio-trottoirs aux questions fermées et téléguidées? Ces poignées de mains sur les marchés?

J'ai la chance de travailler depuis vingt ans dans les quartiers nord de Marseille, de recevoir dans mon bureau, tous les jours, des familles issues de ces quartiers populaires, de converser avec eux, dans une population qui vote Front National à plus de 35 % depuis des années. Ma conviction est toute différente.

Le racisme? La peur de la violence? Bien entendu, cela existe. Mais, cela reste secondaire. Le vrai problème de ces populations s'appelle l'insécurité. Mais il ne s'agit pas de l'insécurité liée à la violence dont on nous rabat les oreilles. Non, cette insécurité concerne la peur de l'avenir, pour soi et pour ses proches. Cette insécurité est celle de l'emploi perdu ou menacé, ce travail qui socialise et fait de vous un membre à part entière de la société. 

Les "gens" des classes populaires, dans leur grande majorité, ne sont pas simplistes, ils ont Internet et analysent l'évolution du monde avec davantage de discernement que l'imaginent nos experts. Les valeurs de la République? L'école a bien fait son travail, ils les connaissent et les respectent. Mais le délitement de la société est à la mesure de leur désespérance et de leurs difficultés: le coeur de leur espoir et de leur dés(espoir) tient en trois mots : emploi, emploi, emploi.

Et c'est pour cela, parce que ni les socialistes, ni Sarkozy, n'ont su régler le problème, c'est pour cela qu'ils votent FN.

 

3-Sur quels axes faut-il travailler?

Depuis 10 ans, les politiques se sont trompées : ils ont considérés l'emploi comme un problème parmi d'autres. En réalité, aujourd'hui, le travail est devenu, pour les français, la seule difficulté, celle qui englobe tous les autres.

Mais comment agir? Par la croissance, bien entendu! Et on nous ressort les vieilles recettes, celle de la relance ou celle de la liberté économique, celle de l'emprunt salvateur comme celle de la réduction des déficits. 

La croissance, telle que nous l'entendons, ne reviendra plus et il nous faut inventer autre chose. Il faut aller chercher, dans l'économie verte, dans les relocalisations et dans une économie qui consomme moins de matières premières, les leviers nécessaires pour construire une autre économie. Les historiens qui se sont penchés sur les différentes révolutions industrielles ou économiques décrivent un cercle vertueux complexe où des mécanismes diversifiés se conjugent : un saut technologique, une nouvelle organisation sociétale, une mutation culturelle, la création d'une demande, un Etat volontariste menant des politiques publiques appropriées.

Il faut trouver les innovations techniques, sociales et politiques qui formeront le cocktail permettant de trouver ce cercle vertueux.

Maximilien Rouer, spécialiste des relations entre le développement durable et les entreprises a l'habitude de rencontrer des patrons sceptique qui lui expliquent qu'ils n'ont pas les moyens d'investir dans une démarche de développement durable. Il leur répond toujours : si le baril de pétrole atteint 300 dollars, combien de temps votre entreprise peut-elle tenir? 

Cette question vaut aussi pour notre personnel politique : vous hésitez entre relance par l'emprunt ou rigueur budgétaire? Mais que vaudra votre politique quand le baril de pétrole sera à 300 dollars? Elle ne vaudra de toute façon rien parce que vous n'aurez pas anticipé  les évolutions inévitables à venir!

Le désarroi de nos élites s'expliquent parce qu'ils continuent à utiliser des schémas culturelles du passé, ceux où les ressources étaient abondantes et  où les espaces étaient nombreux et accessibles. Le monde a changé et nos élites ne se sont pas encore adaptées. Espérons qu'ils sauront réagir assez tôt ! 

 

 

  

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commentaires

P
<br /> Merci pour cette analyse très lucide. Vous avez raison de porter le débat sur le plan politique et pas seulement économique, et de souligner que si les gens se tournent vers les extrèmes, c'est<br /> plus par désespérance que par adhésion. Cela explique aussi les taux record d'abstentions. Pour sortir de ce cercle vicieux, je suis convaincu qu'il faut réformer nos institutions d'une manière<br /> peut-être aussi radicale que ce qu'ont fait nos ancêtres révolutionnaires de 1789. Comment ne pas faire de parallèle entre les blocages de notre société actuelle et celle de Louis XVI ? Comme<br /> naguère, il y a 2 classes dans notre pays : les privilégiés et les autres. En gros, ceux qui détiennent le pouvoir par les urnes sont soutenus par ceux qui l'ont par l'argent, et ceux qui ne sont<br /> pas d'accord émigrent s'ils en ont les moyens ; les autres sont en quelques sortes otages d'une poignée de privilégiés qui ont intérêt à le rester, à tous les niveaux de pouvoir. Pour que cela<br /> change, ces derniers doivent accepter de faire leur "nuit du 4 août", de renoncer à leur statut, et de laisser la place à d'autres. On sait les vertus de l'alternance dans une démocratie.<br /> Alternance ne signifie par jeu de chaises musicales : ce doit être la possibilité pour tout citoyen de prendre sa part dans la gestion de la cité, une obligation même s'il en a les capacités<br /> intellectuelles. Seule l'interdiction de se présenter 2 fois de suite au même mandat peut permettre cette rotation, ce brassage des compétences. Les politiciens professionnels s'apercevront qu'ils<br /> ne sont pas irremplacables, et les gens sauront que leur tour pourra venir de prendre des responsabilités publiques : de quoi calmer les ardeurs populistes ou extrémistes. Cette revivification de<br /> la société française donnerait un formidable élan pour faire éclore et prospérer les nouveaux paradigmes économico-écologiques, pour susciter l'enthousiame et l'investissement des jeunes<br /> générations qui auraient en mains la clé de leur avenir. Chacun saurait qu'il n'appartient pas qu'à la classe politique de dire la vérité, à savoir que nos sociétés occidentales dont la prospérité<br /> est largement due aux termes inégaux des échanges internationaux, ne peut pas à la fois continuer à profiter des leurs "avantages acquis", et se donner bonne conscience en ouvrant leurs frontières<br /> aux déshérités de la planète. On ne peut pas revenir sur la mondialisation parce que ce serait immoral et contreproductif, mais il faut en accepter les conséquences : se serrer la ceinture de<br /> quelques crans, ce qui passerait pratiquement sans douleur dans notre pays s'il sait engager une politique adéquate de redistribution. Voilà la vérité, mais il est politiquement incorrect de<br /> l'énoncer.<br /> <br /> La France saura t'elle une 2 ème fois abolir les privilèges, cette fois-ci sans que cela débouche sur quelque terreur que ce soit ? On peut en douter quand on voit avec quel appétit des barons et<br /> les éléphants de nos partis de gouvernement se guettent et s'entre-déchirent ! On n'a jamais que la démocratie que l'on mérite. Exigeons des pratiques plus vertueuses de la part de ceux qui<br /> détiennent le pouvoir -politique, économique, finncier, syndical, universitaire ...-, et le reste coulera de source : la déroute des apprentis-sorciers, les relocalisations, l'espérance d'une vie<br /> meilleure ; les gens retrouveront leur carte électorale ; l'indice du BNB remplacera le PNB..., et les pollueurs seront les payeurs !<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br /> Merci pour ce commentaire: je trouve particulièrement pertinent de faire le parallèle avec la Révolution Française, même si l'anachronisme est un risque à courir.<br /> <br /> <br /> <br />