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Twitter : @Rcoutouly

Il faut demander plus à l'impôt

et moins aux contribuables

 

Alphonse Allais

 

Outil fiscal

Les contributions incitatives sont des micro-taxes payées sur les activités polluantes. L'argent récolté permet aux plus démunies d'investir dans les transitions écologiques et énergétiques. 

Vidéos

 
Un résumé de la pensée de l'auteur sur la crise écologique 
23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 10:34

ferme-commerciale.jpg

 

Avec le ralentissement économique, le retour aux économies locales, le développement des imprimantes 3D, et surtout, l'essor de l'économie sur internet, nos zones commerciales à perte de vue, construites à la périphérie des villes, sont condamnées à rétrécir et à péricliter. Comment les réutiliser et faciliter leur mutation? Voici un exemple précis, un récit-fiction, de ce qu'il est possible de faire.

 

Plan-de-Campagne reste la plus grande zone commerciale d'Europe. En 2030, c'est une référence, appuyé sur le récit d'une expérience positive. Cet endroit est devenu un lieu précurseur, imité sur l'ensemble du continent. 

En 2015, une équipe de copains au chômage récupère un hangar  de 4000 m2, utilisé auparavant par une grande enseigne du sport, et qui avait fermé sans retrouver d'utilisateurs.

Constitué en société, ils procèdent aux opérations suivantes sur le bâtiment:

-la moitié de la surface est transformée, en autoconstruction, en appartements par la quinzaine de futurs salariés/collaborateurs de la société: installation d'isolations en paille, ouvertures et balcon, ... Une fois installés, ceux-ci  vont pouvoir développer leurs activités économiques, en travaillant sur leur lieu de vie.

-on va d'abord procéder à la consolidation du toit pour y installer une serre géante, une structure très légère, qui va permettre de cultiver en hydroponie une grande variété de légumes et de plantes. La culture en hydroponie permet de limiter le poids du substrat, ce qui est important pour une culture sur toit. On installe un système de récupération des eaux qui permet de filtrer et de réutiliser l'eau usée. L'hiver, la serre bénéfice de la chaleur des appartements. On peut alors mettre en activité la serre.

-sur l'autre moitié du hangar, on installe les bureaux et les espaces de stockage, de transformation, de conditionnement des paniers bio. On profite aussi de ces grandes surfaces pour installer des cuves de récupération des eaux de pluies. Un petit magasin est conservé sur la partie la plus visible du hangar de manière à "recruter" des coopérateurs qui vont s'"abonner" aux paniers bio de la structure.

-une fois que la structure fonctionne, on peut utiliser les espaces de parking attenants, qui appartiennent à l'espace commercial initial, pour développer l'activité. On rachète des conteneurs, on les couvre d'une serre et on peut ainsi produire sous la forme de "solutions rues de ferme urbaine"à la fois davantage de légumes mais aussi des poissons. Le système fonctionne en circuit fermé, les excréments des poissons, nourris par les plantes, servant à faire de l'engrais. On peut aussi installer des conteneurs pour produire de la volaille et donc des oeufs. Au fur et à mesure, les paniers sont de plus en plus diversifiés alors que le nombre de coopérateurs augmente.

Quand le hangar et son environnement arrivent à saturation, il suffit de racheter un nouveau hangar commercial abandonné. On trouve alors de nouveaux chômeurs volontaires pour se lancer dans l'aventure et on recommence l'opération!

 

Un nouveau modèle économique est né, il permet de concilier développement économique, création d'emplois, économie durable et relocalisation.

 


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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 08:35

panier-bio.jpg

 

Le terroir de Souls dans le Tarn accueillait une cinquantaine de paysans au début du XIXéme siècle. Un siècle plus tard, Jean-Yves restait le seul paysan sur ce vaste plateau. Nous sommes maintenant en 2030 et autour de Jean-Yves, maintenant à la retraite, de nouveau, une cinquantaine de familles vivent et travaillent à Souls. Que s'est-il passé?

Jean-Yves a vu, avec angoisse, ses camarades agriculteurs partir les uns après les autres. Ce producteur de lait pour le fromage de roquefort a voulu réagir. En accord avec les propriétaires avec lequel il avait signé des baux, il a accepté de se débarrasser progressivement de quelques hectares qu'il exploitait de manière extensive.

Malika et Martin ont été les premiers à venir s'installer en 2015. Ils ont récupéré deux hectares de terre, amendés par le lisier des moutons de Jean-Yves. Ils se sont installés provisoirement dans les bâtiments d'une ancienne ferme. Ils ont construit leur micro-ferme autour d'une AMAP implantée auprès des consommateurs de l'agglomération toulousaine.

Puis, les années passantes, d'autres micro-fermes se sont créées autour du même réseau toulousain fournissant à la fois les acheteurs de panier et les couples de jeunes exploitants. Il s'agit en général de jeunes diplômés, confrontés au chômage de masse en ville et qui cherchent à se reconvertir.

Autour de Malika et Martin, d'autres couples sont venus. La majorité pratique le maraîchage et l'arboriculture. Certains se lancent dans l'élevage de volailles. Les déchets verts des premiers fournissent la nourriture des seconds. Les déjections des animaux sont utilisées comme engrais pour les seconds.

Les cinq premiers couples se lancent dans l'autoconstruction. Ils construisent un habitat groupé de cinqs habitations, isolés en grande partie en paille produit localement. Cet habitat passif, équipé en panneau solaire et en éolienne leur permet d'être auto-suffisant en énergie électrique. Une dizaine de ces hameaux vont progressivement émerger sur le plateau de Souls, les anciennes fermes restantes utilisées par les activités agricoles.

Anita et Désiré sont un couple passionné de pisciculture. Au fond du vallon du Dantou, ils ont installé une première retenue, puis une deuxième, construit une mini-centrale électrique, développé une activité de production de truites, fourni un réservoir d'eau pour le collectif agricole.

En 2030, les cinquante micro-fermes du plateau de Souls livrent, chaque semaine de l'année, des paniers bio, contenant légumes, fruits, oeufs, viandes et poissons à dix mille foyers toulousains.

Ces cinquante couples vivent correctement sur ce terroir agricole revitalisé, entraînant d'autres emplois locaux dans les villages et bourgs alentour. 

Jean-Yves est passé du statut de parrain à celui de patriarche de cette communauté agricole. Les deux cents hectares qu'il exploitait de manière extensive, sont maintenant exploités de manière intensive. Jean-Yves ne voulait pas que ces filles quittent le plateau et partent rejoindre les chômeurs des villes. Elles sont restées et construisent leur vie ici. 

 

  

 

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 00:00

micro-fermes.jpg

 

Comment nourrir la population tout en favorisant la production locale et, surtout, en créant des emplois? Voilà un modèle économique qui fonctionne, celui de la micro-ferme.

 

Expérimentée par un agriculteur canadien, Jean-Martin Fortier, il permet de produire beaucoup de légumes sur une petite surface. Avec moins d'un hectare de terre, cet agriculteur arrive à vivre. 

Pour cela, il applique plusieurs principes:

-on pratique une agriculture intensive, dans le sens où les légumes sont cultivés très serrés sur des planches surélevées qui ne sont jamais retournées et labourées. Elles sont alimentées périodiquement avec de la matière organique. On limite ainsi les mauvaises herbes, on maintient une humidité favorable à la croissance des plantes, en utilisant "intensivement" les micro-organismes et les vers présents dans le sol.

-pas de tracteurs et peu d'intrants: on limite ainsi la dépendance et les investissements financiers.

-la production locale est revendue sous la forme de paniers. Jean-Martin Fortier arrive à vivre grâce à 200 familles qui lui fournissent chacune 18 euros par semaine. Le chiffre d'affaires a été de 97000 euros en 2011, ce qui est suffisant pour vivre. La plupart des AMAP arrive à ce niveau mais ont besoin de 5 hectares pour équilibrer leurs comptes et payer le coût de la mécanisation. Le paysan doit donc travailler davantage pour financer ces investissements.

 

La micro-ferme est donc bien un modèle économique viable. Il fonctionne grâce aux liens directs entre le producteur agricole et les consommateurs. Tous les intermédiaires, et  particuliérement le géant de la grande distribution, ne sont pas concernés. L'ensemble de la plus-value revient à l'agriculteur. Cela est possible grâce à la puissance d'internet qui permet de créer des liens directs entre des acteurs qui sont situés aux antipodes du système économique.

 

Ce système de micro-fermes peut permettre plusieurs applications concrètes et pratiques:

-alors que les pays industrialisés ne cessent de voir diminuer leur nombre d'agriculteurs, on peut ainsi recréer des micro-exploitations qui réclament peu de surfaces utiles et peu d'investissements. Jean-Martin Fortier  a démarré avec 26 000 euros d'investissements. On pourrait ainsi "transformer"  certains chômeurs en agriculteurs en convertissant l'argent public utilisé pour  assister et  soutenir le chômeur en financement pour lancer des micro-fermes.

-la faible surface nécessaire permet de rapprocher l'agriculteur de ses clients locaux: on peut utiliser des toits, des interstices urbains, réutiliser des friches industriels, ...

 -le modèle proposé est celui de la micro-ferme maraîchère mais on peut aussi en imaginer d'autres. On pourrait ainsi "mettre en réseau" des micro-fermes maraîchères avec une micro-ferme pratiquant l'élevage de volailles. Les premières fournissent de la nourriture pour les animaux, la seconde, en échange leur apportant de la matière organique sous la forme de fumiers.

-on voit apparaître aussi des systèmes intégrés d'aquaponie combinant hydroponie et pisciculture, tournant en circuit fermé: les déjections des poissons nourrissent les plantes, l'eau est filtrée par les plantes et réinfectée dans le bassin à poisson. On expérimente des systèmes où un conteneur surmonté d'une serre fournit la nourriture pour 10 personnes (200 kilos de légumes et 60 kilos de poissons). Si les investissements nécessaires restent encore élevés, ces démarches vont permettre, à terme, de rapprocher encore le producteur du consommateur et de limiter les surfaces nécessaires à la production agricole.

 

Ces démarches de micro-fermes, produisant locales sont sources de création d'emplois. Il faut donc se donner les moyens de les favoriser.

 

 Plusieurs politiques publiques sont donc nécessaires:

-celles de contributions incitatives favorisant la production locale bio.

-des politiques de reconversion des aides publiques aux chômeurs en direction de l'investissement dans ces micro-entreprises que sont les micro-fermes.

-des politiques de reconversion des aides publiques à la création d'entreprises en direction des investissements dans ces systèmes d'aquaponie.

-des politiques assouplissant les règles très contraignantes des politiques publiques agricoles. Il faut, par exemple, assouplir les règles des baux agricoles obligeant un propriétaire possèdant de la terre agricole, à le louer au même agriculteur. Ce propriétaire doit pouvoir louer un hectare de ces terres à un micro-exploitant sans dépendre de son fermier qui pratique une agriculture industrielle traditionnelle.


 

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 07:49

agroforesterie

 

Une majorité importante de Français a une image très positive de l'agriculture biologique. De nombreux exploitants veulent faire évoluer leur exploitation vers ce type d'agriculture. Pourtant, 2,5%, seulement, de la surface agricole française est consacrée au bio, exploitée par seulement vingt mille producteurs. Comment accélérer le processus et favoriser la conversion rapide de l'agriculture française à des démarches plus respectueuses de l'environnement?

 

Matthieu Calmate, directeur de la Fondation Charles Léopold Mayer, estime que la conversion au bio, nécessite de 6000 à 10000 euros par hectare. Or, une majorité d'agriculteurs français ont des bilans financiers très fragiles. Il est donc impossible pour eux d'envisager une conversion qui réclame aussi de nouvelles compétences et une patiente adaptation progressive de leurs sols à une agriculture plus respectueuse de l'environnement et moins dépendante de multiples intrants.

De plus, l'installation de nouveaux agriculteurs, jeunes néoruraux, ayant quitté la ville et le chômage, est aujourd'hui pratiquement impossible car ces jeunes n'ont pas l'argent nécessaire au lancement de leur exploitation.

 

Proposons une démarche qui, grâce à une fiscalité innovante, permette ces conversions et ces installations.

Il s'agit d'instaurer des contributions incitatives favorisant le développement de l'agriculture biologique. Comment cela fonctionne-t-il?

Il s'agit de complément de taxes, adossées à la T.V.A., ayant des taux très faibles (0,01% par exemple) mais dont la progression est programmée sur une décennie et connue des acteurs économiques. 

L'argent récolté par ces contributions n'est pas injecté dans le budget de l'Etat. Il est intégré dans des fonds financiers, gérés par une commission indépendante. Ces fonds servent à subventionner les investissements nécessaires pour réussir la conversion écologique.

Ces contributions incitatives sont étroitement spécialisées à un domaine précis.

Dans le cas qui nous intéresse -la conversion à l'agriculture biologique-, on pourrait envisager deux contributions incitatives distinctes.

 

La première serait instaurée sur l'ensemble des intrants utilisés dans l'agriculture industrielle : engrais minéraux, produits "phytosanitaires", mais aussi le diesel des tracteurs. Il s'agirait d'une taxe très faible (quelques centimes par sac d'engrais par exemple) mais dont la progression sera prévue (pour atteindre 1 euro par sac en une décennie environ).

La majorité des agriculteurs ne pratiquant pas l'agriculture biologique, les sommes récoltées seront conséquentes sans remettre, à court terme, en cause le modèle économique de l'agriculture industrielle.

L'argent récolté alimentera un fond qui va servir à subventionner le passage au bio des agriculteurs. On peut envisager de limiter ces subventions à dix hectares par exploitant et prévoir des mécanismes de suivi et de contrôle.

 

La deuxième contribution sera payée par le consommateur de produits non bio. Là aussi, il s'agit de contributions très faibles de l'ordre de quelques centimes sur un caddy. 

L'argent récolté intégrera un fond dont l'objectif sera de favoriser l'installation des néoruraux, en subventionnant les investissements nécessaires.

 

Conclusion: le monde agricole est partagé en deux par un clivage fondamental. D'un côté, une agriculture biologique très populaire dans l'opinion mais qui reste marginale et mal aimée du secteur économique de l'agroalimentaire.

De l'autre, une agriculture industrielle, très impopulaire, mais qui a la faveur des politiques, grâce à ses capacités exportatrices, au nom du réalisme et de l'intérêt de la Nation.

Il est vain d'espérer la victoire d'un modèle sur l'autre. Il faut, au contraire, favoriser les rapprochements entre ces deux modèles. Le système des contributions incitatives, présenté ici, permet de passer progressivement d'un modèle à l'autre, tout en respectant les paysans des deux bords, qui essaient de survivre.

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 06:14

blois.jpg

 

 

Lors de la conférence inaugurale des rendez-vous de Blois, Sylvie Brunel a présenté un exposé intitulé "Nourrir le monde hier, aujourd'hui et demain: pour une agriculture durable". Derrière ce vocable de durable, elle défend, comme Erik Orsenna, le président de l'édition 2012, le concept d'agriculture écologique ET intensive. 

Cette approche a l'immense avantage de présenter une démarche en apparence consensuelle: on garde les progrès en matière de rendement des "révolutions vertes" et de l'agriculture intensive de la deuxième moitié du XXéme siècle mais on la mêle avec l'approche de l'agriculture biologique, on en fait une synthèse qui garderait les avantages de chacun sans s'interroger sur la disparition de leurs éventuels défauts.

Mais Sylvie Brunel, comme la grande majorité des géographes, ne connaît pas la pédologie et à la microbiologie (les sciences qui étudient les sols). Elle parle de biodiversité, comme en parlerait un homme politique à la fin d'un banquet, elle ne saisit pas les enjeux profondément écologiques d'une biodiversité qui ne concerne pas uniquement les lions et les requins mais dont les enjeux se trouvent d'abord dans la microfaune des champs et des sols.

Quelles sont ces contradictions fondamentales entre deux manières de "faire" de l'agriculture?

L'agriculture intensive utilise des intrants en grande quantité (engrais, produits phytosanitaires, pétrole sous la forme de plastiques et de carburants). Or, l'agriculture biologique essaie, au contraire, de s'en passer le plus possible. Pourquoi cette volonté de limiter à tout prix les intrants? Essentiellement parce que les intrants fragilisent les paysans qui deviennent dépendants d'une industrie amont qui leur vend des tracteurs et des produits issus de l'industrie chimique.

Dans les décennies à venir, ce recours aux intrants va fragiliser de plus en plus les agriculteurs et les pays qui en resteront à l'intensif. La concurrence mondiale croissante pour les ressources va augmenter leur prix et leur rareté. Une agriculture dépendante du pétrole et d'engrais minéraux issus du sous-sol est une agriculture condamnée puisque ces intrants vont disparaître au cours de notre siècle.

L'agriculture biologique essaie de préserver la microbiologie des sols alors que l'agriculture intensive intervient en permanence sur la structure et la vie des sols. Les labours profonds et le recours à des produits chimiques vont tuer la vie présente dans les sols. Or, cette microfaune invisible présente dans les sols constitue le trésor de l'agriculture biologique, le levier qui permet de décomposer les déchets verts et de fournir les sels minéraux dont on besoin les plantes pour croître. Engrais minéraux et microfaune sont profondément irréconciliables puisque les premiers tuent les seconds.

L'agriculture intensive est construite autour de plantes hybrides à très haut rendement, plantes brevetées que  l'agriculteur doit racheter chaque année. Or, l'agriculteur biologique défend le commensalisme et la coopération entre des êtres vivants variés: plus la biodiversité est importante, plus l'agriculture sera performante. L'hybridation d'un "produit" vivant pousse à l'unicité alors que la diversité biologique pousse à la biodiversité.

 

Les géographes, comme Sylvie Brunel, et la majorité des experts ont une vision positiviste de l'agriculture: l'agriculture traditionnelle avait un faible rendement, l'agriculture intensive a permis des progrès indéniables en matière de productivité, donc, il faut la garder... et y rajouter quelques "doses" de "pureté" biologique et écologique pour pouvoir continuer d'avancer. L'agriculture biologique est perçue comme un retour à l'agriculture traditionnelle avec tous les dangers que cela comporte en matière de chute de productivité.

C'est une vision simpliste. Comparer les rendements bruts d'un champ conventionnel et d'un champ bio conduit toujours à donner l'avantage au premier. Il est donc facile alors d'agiter l'épouvantail des défrichements nécessaires pour compenser cette "perte de productivité". C'est oublier pourtant que l'écart n'est pas si important que cela (de l'ordre de 20% dans une majorité d'études), que la biodiversité de l'agriculture biologique induit souvent des productions complémentaires (en miel par exemple) qui ne sont jamais comptabilisées et que l'absence de recours aux intrants augmente le bénéfice de l'agriculteur.

C'est oublier aussi que la mono-agriculture intensive va être de plus en plus fragilisé par un réchauffement climatique qui va multiplier les aléas et les épisodes climatiques violents. L'agriculture biologique grâce à la biodiversité et à l'agroforesterie est bien davantage préparée à cet inquiétant futur.

 

Il faut sortir des représentations naïves d'une agriculture biologique, qui ne serait qu'un retour déguisé au passé. En réalité, l'agriculture biologique est une activité à haut rendement ... intellectuelle. Elle réclame des connaissances importantes en matière de biodiversité et des compétences pointues pour faire vivre ensemble des espèces complémentaires.

Il faut sortir du rêve d'une agriculture intensive qui prendrait les habits du bio. L'échec de l'agriculture raisonné le prouve : on ne rajoute pas quelques coccinelles à un champ qui reste traité à l'insecticide même si on en met moins. On ne peut pas prétendre défendre la biodiversité qui réclame un vivant libre et foisonnant et promouvoir les OGM qui supposent une monoculture exclusive.

Enfin, il faut cesser de défendre une agriculture intensive qui a détruit le monde paysan et a poussé sa population à partir vers des villes où elle ne trouve pas de travail. L'agriculture biologique est une agriculture qui nécessite une main-d'oeuvre importante. Elle est donc fortement créatrice d'emplois.

Dans ce débat entre bio et intensif, il ne faut plus défendre un intensif qui prendrait les habits du bio mais, au contraire, croire en une agriculture biologique qui utiliserait tous les atouts de la technique et de la connaissance pour inventer l'agriculture de demain.

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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 08:13

Gilles Bellec, un ingénieur des Mines intelligent vient de publier deux articles intéressants sur le problème de l'énergie.  J'en résume le contenu.

Dans le premier, Quelle politique fiscale et tarifaire pour l'énergie?, il compare les politiques allemandes et française en matière d'énergie. Les Allemands ont choisi de mettre des prix élevés à l'énergie, de manière à faire payer aux consommateurs actuels les investissements futurs. Cette énergie chère oblige les Allemands à faire des choix rationnels en matière de transport et de chauffage. Par contre, en France, on a choisit d'avoir une énergie peu chère, qui protège le consommateur de la conjoncture internationale mais qui ne prépare pas l'avenir et conduit les Français à faire des choix peu rationnels. L'auteur insiste sur un point: la politique allemande protège son industrie manufacturière car elle l'oblige à s'adapter alors que l'industrie française, sur-protégée, n'arrive pas à s'adapter. 

Dans le second, qui paiera pour le déploiement des énergies vertes?, Gilles Bellec décrit les mécanismes actuels de financement de ces nouvelles énergies. La CSPE payé par le consommateur va augmenter fortement pour payer les investissements nécessaires. Il s'inquiète car la CSPE sera très lourde à supporter pour les ménages les plus pauvres. Il plaide pour que seuls les consommateurs les plus riches et les plus motivés financent la transition.

Je voudrais faire plusieurs remarques autour de sa réflexion:

-la réflexion général de Gilles Bellec se construit autour de la recherche de la bonne stratégie pour financer la transition énergétique, enjeu crucial dans les années à venir.

-je suis totalement en accord avec sa comparaison entre France et Allemagne. La tradition colbertiste de notre pays a poussé les dirigeants des dernières décennies à protéger leurs électeurs. La tradition fédérale allemande a poussé les pouvoirs locaux à financer la transition énergétique et à imposer les investissements nécessaires à sa population.

-la CSPE devient une méthode de plus en plus intenable, il faut en sortir et proposer autre chose.

-par contre, cela me semble délicat de faire reposer les énormes besoins de financement sur les seuls riches et motivés. Encore, faut-il être les deux, ce qui n'est pas toujours le cas. La comparaison avec la nourriture bio ne tient pas : les besoins d'investissement ne sont pas les mêmes.

Il me semble pourtant que mes propositions de contributions incitatives permettent à la fois d'assurer le financement et d'éviter les inégalités nées de la seul CSPE.

En effet, les contributions incitatives entraînent une augmentation des tarifs de l'énergie. L'argent dégagé est entièrement utilisé pour investir dans la transition énergétique mais les aides proposées dépendent des revenus des bénéficiaires. Ces aides n'existeront pas pour les plus riches qui financeront entièrement leur transition, alors qu'elles seront très importantes pour les plus pauvres.

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:25

 thon-grille.jpg

 

Nos habitudes alimentaires vont-elles devoir changer? Vivons-nous la fin d'une période d'abondance alimentaire? Dans le thon, tout est bon, vraiment ?

En ce qui me concerne, le bonheur de cuisiner, c'était celui de préparer du thon frais. Avant de faire griller les tranches de thon, il faut d'abord préparer une sauce rouge, tomates, oignions et poivrons. La saveur des poivrons se marie particulièrement bien avec l'odeur du thon. Je prépare un riz pilaf en accompagnement. Et surtout, je soigne la cuisson du thon : grillé au four ou au barbecue, c'est fantastiquement bon !

 

Cette scène de bonheur gustatif familial, courante dans les classes moyennes jusqu'à la fin du XXéme siècle, n'est-elle pas condamné à disparaître? En tout cas, le rayon poissonnier de mon supermarché local n'a pas présenté sur son étal de thon depuis des mois.

Je crois que j'ai compris pourquoi je ne trouvais pas de thon en reliant deux informations de ces derniers jours:

-574 000 euros, c'est le prix record déboursé en janvier par un restaurateur japonais pour un thon rouge de 270 kg. Si un gros thon peut atteindre le prix d'achat d'une maison, alors c'est probablement qu'il s'agit d'un des derniers grands thons présents dans les océans.

En 2009, WWF interpellait les pouvoirs publics sur la disparition des populations de ce grand poisson carnivore en 2012. 2012? 2012?  Mais nous y sommes ! Ce qui n'étaient que des mots devient force de réalité : l'odeur mêlé du thon et du poivron ne sera bientôt plus pour moi qu'un souvenir d'un passé irrémédiablement disparu.

-Faut-il voir le même phénomène se reproduire pour les autres poissons? On peut le craindre en apprenant cette autre information : les stocks de poissons en 2012, pour l'ensemble des océans, représentent 10% des stocks de 1950 !

Nous sommes blasés : cela fait des années que des écologistes barbus et illuminés nous bassinent avec leur alerte à propos de la surpêche. Cela fait tellement longtemps qu'ils lancent des SOS que nous avons fini par nous y habituer. Nous avons haussé les épaules en parcourant les rayons de nos magasins, rassuré par la présence de poissons sur nos étals. Nous n'avons pas toujours perçu les changements qui s'y déroulaient : les poissons d'élevage et les produits dérivés se sont multipliés au détriment du poisson "sauvage" de plus en plus rare et cher.

 

Nous avons accepté l'idée qu'il fallait poursuivre, qu'il n'y avait pas d'autres solutions : les pêcheurs doivent subsister et vivre et nous voulons continuer à manger du poisson.

Les politiques publics classiques ont persisté: au rythme des blocages des ports par des pêcheurs en colère et des coups médiatiques de Greenpeace, le personnel politique a piloté ce dossier au gré des événements : subventions et aides coûteuses d'un côté, réglementation de plus en plus lourde et pourtant inefficace.

 

Et si on prenait un peu de hauteur sur ce sujet? Le problème central de la pêche est qu'il s'agit du seul secteur économique sans régulation. Pourquoi? Parce que les océans n'appartiennent à personne et que l'on continue à considérer que leur immensité les rendent inépuisables. Mais la technique des hommes a dépassé depuis des décennies la capacité des océans : nous la vidons sans pouvoir maîtriser les populations qu'elles abritent.

 

Il n'y a qu'une seule politique possible pour se redonner les moyens de maîtriser l'économie de la pêche et les ressources dont celle-ci dépend: il faut cesser de voir la mer comme un espace vierge inépuisable, il faut la gérer comme on gère les forêts et les cultures.

Comment faire concrétement? Il faut réaliser en parallèle trois politiques.

1-Transformer, dans les zones  économiques exclusives (Z.E.E.), des secteurs entiers en zone de pêche interdite. Ces réserves sont essentielles à la conservation des écosystèmes et à la reproduction des espèces. Pour bien faire, il faudrait que 10% des ZEE soient des réserves et que cela se fasse dans des écosystèmes variés pour préserver la biodiversité du milieu marin.

2-Transformer le travail des pêcheurs en privatisant des secteurs entiers de la mer dont ils auraient la jouissance et qu'ils devraient entretenir. Responsabilisés, ils auraient la charge de valoriser le territoire qui leur serait attribué, soit en gérant la ressource, soit en installant de l'élevage en pleine mer de poisson ou de coquillage, soit en participant à leur valorisation par l'installation de centrales énergétiques (hydroliennes, éoliennes en milieu marin, ...). Ces nouvelles pratiques rendront obsolètes les techniques de chalutage et autres ratissages du fond marin, techniques particulièrement destructrices pour les milieux. 

3-Mettre à contribution le consommateur qui payera -quoi qu'il arrive- le poisson de plus en plus cher. On lui demandera une petite contribution quand il achètera du poisson "sauvage". Cette contribution servira à financer la reconversion des pêcheurs qui devront passer du statut de cueilleurs à celui d'éleveurs-gestionnaire d'un secteur marin. Cette contribution augmentera au fur et à mesure de la disparition des stocks.

 

Conclusion : pourquoi n'arrive-t-on pas à installer des parcs et des réserves marines, alors que tout le monde sait qu'il s'agit de mesures indispensables? Parce que le pêcheur, aux abois, s'y oppose de toutes ses forces. On ne peut régler le problème de la surpêche qu'en trouvant des solutions économiquement viables pour les pêcheurs.

La responsabilisation des pêcheurs, autour d'un territoire qui leur sera attribué, est la seule chance de gérer correctement le milieu marin.

 



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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 08:43

 

compostage.jpg

Dans les principaux soucis que va devoir affronter l'Humanité dans les décennies à venir, celui de son alimentation semble un des moins inquiétants. En effet, l'Occident ayant résolu le problème, pour ce qui la concerne depuis 60 ans, il apparaît bien irréaliste de voir le spectre des famines revenir nous importuner.

1-L'alimentation de 9 milliard d'hommes, où est le problème?

Et pourtant, à l'échelle de la planète, il paraît bien nécessaire de se préoccuper du problème. Nous allons être plus de 9 milliard en 2050. Avons-nous la capacité de les nourrir?

Or, les raisons de s'inquiéter sont nombreuses. Tout d'abord, on peux se demander si nous arrivons actuellement à nourrir les 6,5 milliard d'individus d'aujourd'hui.  Le débat est vif entre les experts, trois explications sont évoqués: l'augmentation du prix des denrées s'expliquent par les besoins croissants de la population, les phénomènes spéculatifs, l'augmentation des prix des intrants. Mais ces trois explications  ne sont pas antagonistes : la spéculation n'est que l'autre versant d'une offre qui n'arrive plus à répondre à la demande.

A l'avenir, les raisons de s'alarmer ne manquent pas : la diminution des surfaces de terres cultivables semble inévitable : l'urbanisation, la dégradation des terres agricoles par l'érosion et la stérilisation des sols vont se conjuger pour accroître la pression sur le foncier agricole comme le prouve les spéculations actuelles sur les terres africaines.

Il ne faut pas se tranquilliser en écoutant les experts, de moins en moins nombreux, qui prétendent que le potentiel de terres cultivables reste élevé. Ils font l'erreur de considérer qu'il suffirait de défricher les forêts et les landes pour résoudre le problème. Ils oublient simplement que ces terres ont d'autres utilités (biodiversité, production de bois et d'oxygène, ...).

Les mêmes experts rassurants nous parlent de l'augmentation des rendements pour garder espoir. Mais l'avenir semble bien sombre sur ce point aussi. Le modèle agricole dominant, celui de l'agriculture intensive, a réussi depuis 60 ans dans les pays occidentaux et est à l'origine de la révolution verte dans les pays d'Asie et d'Amérique latine. Ce modèle combine  la mécanisation et l'utilisation des engrais, des  produits chimiques.

Or, ce modèle va être directement menacé dans les décennies à venir par l'augmentation des prix du pétrole et la pression croissante sur la disponibilité des produits chimiques issues des hydrocarbures ou de l'exploitation de mines fournissant les éléments nécessaires à la production d'engrais.

D'autres experts vantent les mérites de la sélection génétique pour accroître les rendements actuels. Mais les défenseurs des OGM oublient que ces techniques diminuent la biodiversité et  fragilisent à long terme les cultures qui n'auront plus les moyens de répondre aux menaces futures.

Pour conclure, deux évidences :

-le modèle agricole qui nous a réussi depuis le milieu du XXéme siècle a atteint aujourd'hui ses limites. Or, la difficulté provient de cette réussite même : nous avons du mal à dépasser ce modèle pour en envisager un autre.

-le problème de l'alimentation de l'Humanité n'est pas pour demain, c'est un problème que nous vivons déjà aujourd'hui même si les rayons pleins de nos supermarchés nous empêchent de le voir.

 

2-Des raisons d'espérer:

Il ne faut pourtant pas désespérer pour plusieurs raisons.

D'abord parce que les experts ont cependant raison de dire que la productivité de nombreuses terres peut encore s'améliorer dans de nombreuses régions du monde.

Ensuite parce que les humains sont réactifs et imaginatifs : ils vont donc trouver d'autres solutions. Parmi celles-ci, je voulais attirer l'attention du lecteur sur deux pistes ayant, à mon avis, le potentiel le plus important.

D'abord parlons de l'agriculture en villes : je ne crois guère aux cultures hypotoniques dans des tours qui me semble des élucubrations coûteuses d'architectes recherchant la notoriété. Je crois bien davantage à la possibilité de cultiverdans les interstices urbains, au plus prés des populations, des légumes et des fruits, sur d'anciennes friches urbaines, sur les balcons mais, à l'avenir aussi, sur les toits.

Cette dernière possibilité semble la plus intéressante : la surface des toits est énorme et va continuer à augmenter. Elle n'est pas valorisée,  et pourtant 30 centimètres de terres permettent de cultiver des légumes tout en assurant une isolation thermique aux habitations situées en dessous et favorisent la récupération de l'eau de pluie.

Située à proximité des populations, cette production locale a d'autres avantages: des coûts de transport nuls, la création d'emplois de voisinage, l'amélioration des liens sociaux.

La deuxième piste est moins connue mais elle me semble cruciale pour l'avenir de l'alimentation de l'Humanité. Tous ceux qui ont fait de la biologie végétale dans leurs études savent que les plantes ont besoin de sels minéraux pour grandir. Dans l'agriculture intensive, ces sels minéraux sont apportés par les engrais. Mais cette méthode a ses limites : lessivés par les pluies, l'engrais disparaît. Les apports doivent être renouvelés ce qui est coûteux et le sera de plus en plus.

La matière organique, elle, composée de molécules plus complexes ne risque pas d'être lessivée par les pluies, elle offre donc davantage de stabilité tout en renfermant les mêmes sels minéraux nécessaires aux plantes. Cet humus doit être alimenté par des matières organiques. Depuis longtemps, l'homme utilise le fumier des animaux pour cela.

Mais il ne peut suffire aux besoins croissants de l'agriculture humaine. Or, tous les hommes de cette Terre produisent des matière organiques inutilisées et polluantes. Ils la produisent sous deux formes : des déchets de cuisine et du papier que l'on jettent dans les poubelles  d'une part, nos selles et nos urines que nous évacuons sous la forme d'eaux usés d'autre part.

Le traitement de ces déchets organiques nous le payons très cher, sans arriver à régler le problème de la pollution des eaux et du sol. 

Or, nous pouvons récupérer cette matière organique précieuse pour l'agriculture. Pour les déchets ménagers et pour les selles (toilettes sèches) par l'utilisation de composteurs qui permettent de récupérer et de recycler ces matières. Pour les eaux usés par l'assainissement écologique qui, grâce aux plantes organisées dans un système de filtres biologiques, autorise la récupération et la phytoépuration des eaux souillées. 

Méconnues du grand public, les techniques de phytoépurations et de compostages sont parfaitement au point. Elles se déclinent de manière individuelle ou s'organisent de façon collective. Certaines communes pionnières se sont déjà équipées. Le principal obstacle est d'abord celui des mentalités car nous sommes habitués à ne pas nous préoccuper de la gestion de nos déchets domestiques que nous évacuons, sans y penser, par nos poubelles et nos chasses d'eau.

Ces équipements ne coûtent pas trop cher, en tout cas, moins que les stations d'épurations qui les précédaient. La matière organique produite peut être utilisée dans l'agriculture de proximité dont nous avons besoin. Celle-ci remplacera donc avantageusement nos engrais.

Conclusion : l'agriculture de demain peut suffire à nourrir 9 milliard d'êtres humains. Mais elle le pourra si elle ne se contente pas du modèle dominant de l'agriculture intensive qui ne pourra satisfaire aux besoins alimentaires du futur.

Il faudra pour cela développer l'agriculture de proximité et particulièrement utiliser les toits de nos zones urbaines. Il faudra aussi utiliser les rejets humains pour produire les matériaux organiques pour développer cette agriculture locale. Ces stratégies, peu coûteuses, pourront favoriser un nouveau développement économique créateur d'emplois.

 

PS1: D'après mes calculs, un français produit par ses selles l'équivalent de 20 litres de matières organiques sèches par an. L'ADEME estime que la fraction fermentescible des ordures collectées représente en moyenne 100 kg par habitant et par an. Réduit en compost, ces 100 kg représente 30 litres supplémentaires de matières organiques. 

L'ensemble de la population française produit donc plus de 3 milliard de litres de matières organiques. Si cette matière était répartie sur les champs sur une hauteur de 5 centimètres, elle permettrait de fertiliser durablement 6000 hectares par an.

 

PS2: Cet article a fait réagir de nombreux lecteurs. Certains commentateurs ont tendance à nier le phénomène de la surpopulation, d'autres ont un discours fataliste sur le thème "on est foutu". je recommande donc la lecture de cet article pour prolonger la réflexion : Malthus, de vieilles idées neuves.

 

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 07:17

 

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Notre agriculture se meurt. En plein salon de l'Agriculture, vient de paraître deux ouvrages majeurs sur la question agricole: celui d'Isabelle Saporta, journaliste à Marianne, le livre noir de l'agriculture chez Fayard et celui de Pierre Priolet, arboriculteur, contraint d'arracher ses arbres l'an dernier. Son livre -les fruits de ma colère, plaidoyer pour un monde paysan qu'on assassine, chez Laffont- contient des solutions iconoclastes, et donc intéressantes. 

Il faut être conscient des enjeux du monde agricole aujourd'hui. A part les céréaliers -qui se portent bien merci- nos autres agriculteurs sont condamnés à disparaître dans la décennie qui vient. L'extinction programmée des aides de la Politique Agricole Commune (PAC) va entraîner la fin des petits paysans incapables de concurrencer les autres paysans du monde.  Comment éviter cela?

Deux voies, classiques, vous nous être proposées par nos responsables politiques: la première consiste à (ré)affirmer  notre confiance en l'Europe et à la PAC. C'est ce qui se met en place depuis dix ans, avec les dégâts que nous connaissons. La deuxième voie prend la forme d'un discours qui vante les vertus de la Réglementation, de la PAC pratiquée il y a vingt ans. Ce discours est irréaliste car la France ne reviendra pas en arrière, tant elle est liée par ses engagements européens.

Il faut donc, dans le cadre contraint qui est le nôtre, envisager une autre politique, volontariste, nationale mais compatible avec les réglements internationaux.

Dans une époque où les experts ne cessent de faillir, c'est souvent les esprits éclairés de terrain qui peuvent trouver les réponses adéquates. A cet égard, le livre de Pierre Priolet est particulièrement riche. Je ne résiste donc pas au plaisir de vous le citer :

 

Le gouvernement nous affirme vouloir tout faire pour réglementer les bonus des traders, il nous montre la voie. Il faut l’encourager et étendre la question des bonus, à celle des marges de tous les magasins de plus de 800M² de surface de vente, en imposant une marge de 30% maximum, tous avantages compris, à savoir, marge avant, marge arrière, mise en rayon fournisseurs effectuée ou financée, ventes effectuée ou payée par le fournisseur et tout autre bénéfice tiré du système. Le travail sera enfin récompensé : plus le magasin travaillera, plus il pourra gagner, cela interdira les rentes de situation et dynamisera le commerce. Quand un produit, ne coutera pas cher, le consommateur pourra enfin en profiter, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui".

 

Et plus loin:

 

"Ma proposition consiste à donner à toutes les exploitations agricoles intéressées, la possibilité de vendre 1000 m² de leurs terres agricoles proches des villages ou des exploitations, en terrain constructible. Le produit de la vente serait reparti selon les proportions suivantes : 
- 40% pour redonner de l’air à la trésorerie de l’exploitation 
- 60% iraient à un Fonds Agricole d’Utilité Publique, dont les exploitants seraient actionnaires, déposé à la Caisse des dépôts et consignations.

Ce fonds ferait l’acquisition de magasins pouvant recevoir une quarantaine de palettes de produits bruts de cueille. Ils seraient situés en zone urbaine, à forte densité de population. Ce fonds servirait aussi à financer l’organisation et la logistique.

Les magasins vendraient les productions agricoles, à prix coûtant (incluant le transport, les frais de main d’œuvre du magasin) plus 30% pour rémunérer le travail et la capacité à investir de l’agriculteur. Ce système permettra de payer les producteurs fournisseurs, dès la vente des produits et donc de leur donner très rapidement une trésorerie, et au consommateur d’avoir accès à des primeurs cueillis à maturité, aux qualités gustatives enfin retrouvées.

Les magasins seraient dirigés par un chômeur de plus de 53 ans ayant les compétences requises et emploieraient trois ou quatre jeunes de 18 à 25 ans sans qualification avec un vrai CDI. Les magasins ne paieraient pas de loyer, car le but n’est pas le profit".

 

J'aime ce qu'il dit, parce que c'est pragmatique et cela part du terrain et non d'un bureau d'études situé au vingtième étage d'une tour de la Défense!

Je pense, malgré tout, que Pierre Priolet se trompe sur un point : nos responsables politiques ne peuvent pas sortir du système du marché libre dans lequel l'Etat s'interdit d'agir depuis des décennies. Imposer une marge de 30% n'est plus possible aujourd'hui, ne pas faire payer de loyers est une autre impossibilité dans notre monde économique.

Je propose donc, pour ma part, un autre système qui consiste, dans le monde économique qui est le nôtre, à favoriser les circuits courts et bio au détriment de la grande distribution et des gros groupes industriels.

Il s'agit d'imposer une faible TVA additionnelle sur les produits alimentaires, de quelques centimes sur chaque produit (par exemple une TVA de 19,7 au lieu de 19,6).  Le produit de cette TVA alimentera un fond de la caisse des dépôts, géré par les agriculteurs (je reprend l'idée de Priolet). Il servira à financer l'installation de circuits courts (au maximum : un paysan, un transformateur, un vendeur-négociant). Ces deux derniers ne pourront pas dépasser les 40 employés et ne pourront pas être franchisés. Je préfère parler en nombre d'employés plutôt qu'en mètre carré car je crois davantage à l'avenir du modèle économique de l'entreprise local  de redistribution en circuit court, avec commande sur internet et livraison, plutôt qu'en celui de la moyenne surface (même si il en faut).

Cette contribution incitative, cette TVA additionnelle ne sera pas payée par ces entreprises en circuit court. Elle augmentera d'années en années, de 0,01% par an, favorisant le développement de ces circuits courts.

Cette démarche respecte les règles de fonctionnement du marché, n'est pas en opposition avec les principes de l'agriculture commune. Il ne brusque pas les grandes entreprises de l'agroalimentaire et de la grande distribution qui pourront continuer à fonctionner. Cela me semble primordiale car un Casus Belli à leur égard les feraient se braquer et s'opposer vigoureusement à ce système.

 

Ainsi, il sera peut être possible de sauver notre agriculture et nos paysans.


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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 21:07

 

 

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Le 24 janvier, Les Echos publiaient une intéressante interview de notre ministre de l'écologie et des transports. Je ne résiste pas au plaisir de vous en proposer de larges extraits. Car, la réflexion de notre ministre,  et son souci de bien faire  se heurtent à la complexité croissante de nos sociétés, aux demandes concurrentes et contradictoires des différents acteurs. Comment, dans ses conditions, agir? Que proposer?

 

 

A l'Assemblée, vous avez annoncé votre intention de faire des propositions sur la fiscalité du patrimoine naturel. Pourquoi ?

La France protège depuis longtemps son patrimoine historique et architectural en incitant fiscalement les propriétaires de biens classés à les restaurer. Dans le cadre de la réflexion sur la fiscalité du patrimoine, je considère qu'il est indispensable de prendre également en compte le fait que la France dispose d'un patrimoine naturel exceptionnel.  (...) Mon idée est d'abord de rendre plus lisibles et d'améliorer les mesures existantes destinées à aider les espaces de qualité remarquable, dont la portée a été réduite au fil du temps.

Quelles mesures ?

Il s'agit par exemple des exonérations de taxe sur le foncier non bâti, des réductions d'impôt relativement limitées pour travaux écologiques, des mesures parcellaires, insuffisantes et au final inefficaces. Il faut construire un régime global et simple qui permette réellement d'inciter les propriétaires à restaurer et à entretenir ces espaces.

On parlerait d'un « Kosciusko de la nature » ?

Le sujet est sérieux. Il n'est ni juste ni efficace que le propriétaire d'une prairie, d'une zone humide situées dans une zone Natura 2000 ou un parc naturel, ou demain dans la trame verte et bleue, ne soit pas aidé pour entretenir l'écoulement de l'eau ou réparer les digues. Bien sûr, une telle mesure engendrerait de nouvelles dépenses, mais il serait possible de la contrebalancer en introduisant la prise en compte de critères environnementaux dans les dispositifs fiscaux existants : il s'agit d'internaliser l'environnement dans tous nos dispositifs. Je suis par exemple très attachée à ce que soit préservé dans le cadre de la réforme de l'ISF le mécanisme permettant de transmettre un massif forestier en bénéficiant d'une exonération des trois quarts des droits de mutation.

 

J'ai volontairement souligné les critères de réussite que souhaitent la ministre. Reprenons-les : les mesures fiscales doivent être simples, lisibles et globales. On doit, dans la mesure du possible, limiter les nouvelles dépenses.

Le problème du politique est simple, sa résolution est redoutablement difficile : comment intégrer la dimension environnementale dans une politique volontariste sans dépenser d'argent?

 

Ma réponse tient dans une triple action entrelacée :

1-Il faut ramener les propriétaires de zones, d'espaces sensibles dans le droit commun fiscal. Il ne faut pas hésiter à supprimer toutes les exonérations et réductions fiscales. Pourquoi? Parce que ces mesures, électoralement utiles quand elles sont prises, sont des pièges sur le long terme. Il est très difficile de revenir dessus. Elles sont créatrices d'injustices à long terme, dévastatrices pour l'opinion, elles sont illisibles et compliquées à gérer du point de vue fiscal. Elles n'incitent pas les propriétaires à l'action. Le retour de l'égalité devant l'impôt remet "les compteurs à zéro" et permet de partir sur de nouvelles bases.

2-Mais cela ne sera possible que si les propriétaires d'espaces sensibles, Natura 2000, en parcs et en zones protégés bénéficient d'avantages quand ils investissent au bénéfice des espaces naturels. Pour reprendre les exemples de Mme Kosciusko-Morizet, un propriétaire, qui doit entretenir l'écoulement d'un cours d'eau ou la réparation d'une digue, doit voir ces travaux payés, en grande partie, par la puissance publique.

3-Comment alors financer ces travaux? Par l'affectation complète des produits fiscaux de la taxation de ces propriétaires à un fond dédié. Celui-ci alimentera les dépenses des propriétaires en proportion de leurs revenus, finançant complétement les dépenses d'un petit paysan retraité et en partie seulement ceux d'un riche propriétaire foncier.

Cette logique, celle des contributions incitatives permettra de préserver les exigences de notre ministre tout en favorisant une justice fiscale que les Français appellent de leurs voeux. Si la situation particulière de chaque propriétaire sera examiné de manière différente selon son statut, ses revenus et sa volonté d'agir au bénéfice de l'environnement, la communauté composée de l'ensemble des propriétaires fera une opération blanche, réinvestissant la totalité de ces impôts fonciers au bénéfice de l'entretien des espaces dont ils ont à la fois  la jouissance et le devoir d'entretenir.

 

 

 


 
  
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