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Il faut demander plus à l'impôt

et moins aux contribuables

 

Alphonse Allais

 

Outil fiscal

Les contributions incitatives sont des micro-taxes payées sur les activités polluantes. L'argent récolté permet aux plus démunies d'investir dans les transitions écologiques et énergétiques. 

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Un résumé de la pensée de l'auteur sur la crise écologique 
31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 07:51

Croissance-economique.JPG

 

 

La semaine politique qui vient de s'écouler a été dominé par les choix  de l'exécutif français: il faut assumer résolument une politique de l'offre et mettre "courageusement" le cap vers la croissance.  Ces décisions viennent clore un débat politique et médiatique qui, depuis le printemps,  s'est concentré sur le choix entre offre et demande.

Ce tapage médiatique a occupé toute la scène et a permis d'oublier le doute qui commence à s'installer: et si la croissance ne revenait plus jamais? L'Allemagne, modèle de vertu et champion européen de la réussite économique, espère atteindre péniblement 1,8% de croissance. La Chine n'arrive pas à repartir. Le Brésil, hier encore, pays-modèle, va probablement entrer en récession. Comment, dans ces conditions, la France peut-elle espérer s'en sortir?

 

A cet égard, on ne peut être que sceptique devant les leviers que le nouveau gouvernement espère mobiliser pour "libérer" la croissance : libérer les prix de l'immobilier en n'appliquant pas l'encadrement des loyers, s'attaquer aux professions réglementées, au travail dominical... Combien ces mesures vont-elles faire gagner de points de PIB à l'économie française? 0,1%? 0,2%? Combien d'emplois vont-ils permettre de créer? Quelques dizaines de milliers? On se doute bien que cela ne suffira pas à retrouver une embellie économique.

Les experts économiques répondent à notre scepticisme en nous expliquant qu'il s'agit "d'amorcer la pompe" et nous autoriser à repartir vers un avenir qui  nous permettrait de retrouver l'idéal de la prospérité économique que l'Europe a connu depuis soixante ans.

 

Or, la Croissance ne reviendra plus, et cela de manière  définitive. Cette affirmation (*) n'est, pour l'instant, pas prise au sérieux. Cette thèse commence pourtant à rencontrer quelques  partisans  dans le monde scientifique. Robert Gordon défend l'idée que les moteurs de la croissance future n'existent plus. L'innovation ne constitue plus le levier créateur de valeurs ajoutées collectives qu'il a pu être dans le passé. 

Mais si nous pouvons affirmer avec force que la croissance ne reviendra plus, c'est parce que l'argumentation de Robert Gordon se révèle incomplète. Il identifie des freins réels (le vieillissement de la population par exemple) mais ne perçoit pas -comme la quasi-totalité de nos contemporains- le coeur de ce ralentissement: la fin des ressources facilement exploitables.

 La notion d'empreinte écologique permet de comprendre que, à partir du mois d'août, chaque année, nos économies exploitent des ressources qui ne pourront pas se renouveler. Comment ne pas concevoir que la recherche de ses ressources disparues finit par avoir un coût qui se répercute sur l'économie des pays, des entreprises et des ménages?

C'est à cela auquel nous assistons sans que les économistes possèdent encore les outils qui nous permettraient de l'appréhender: métaux, hydrocarbures, denrées et intrants agricoles, terrains disponibles. Toutes les ressources nécessaires aux activités économiques sont -partout dans le monde et particulièrement sur le vieux continent européen- de plus en plus difficilement exploitables, de plus en plus éloignés des centres dynamiques de l'économie. Ce constat freine inexorablement la croissance, limite les richesses collectives et individuelles. 

 

 

Il faudra bien que les experts, les économistes le comprennent. Il faudra que le personnel politique l'admette si nous voulons inventer des stratégies économiques résolument novatrices qui nous fassent sortir des impasses dans lequel nos pays sont tombés. Nous prenons tous pour modèle l'Allemagne. Or, ce qui constitue le moteur de sa vitalité actuelle est bien la marche forcée, Outre-Rhin, vers une transition énergétique qui  limite le déficit de sa balance commerciale et vient créer des emplois délocalisables.

 

Pour en savoir plus: l'entrelacement des crises économiques et écologiques.

 

Source de l'image: wikipédia,  "Taux de croissance annuel du PIB (1950-2010) et taux de croissance annuel moyen pour trois périodes, dont les Trente Glorieuses". On voit que la tendance se rapproche inexorablement de zéro.

 

(*) C'est celle de l'auteur de ces lignes depuis 2010: pourquoi la croissance économique ne reviendra plus?

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 08:25

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Partout dans le monde, les débats économiques et politiques sont dominés par deux questions récurrentes:

-Comment retrouver la Croissance? Le constat majoritairement partagé demeure celui d'une croissance cyclique qui revient à terme régulier, entrecoupée de crises plus ou moins violent, la dernière étant particulièrement brutale.

-Quelles sont les bonnes pratiques pour développer la richesse d'une Nation et de ses habitants? Les partisans de la liberté économique, du moins d'Etat et moins d'impôts s'opposent aux défenseurs des politiques keynésiennes de relance par l'investissement public.

 

Ces deux questions occupent  le débat public alors qu'elles se révèlent finalement peu adaptées pour comprendre le monde nouveau dans lequel nous vivons désormais. 

-Le débat sur la place de l'Etat et de la liberté entrepreneuriale occupe tous les esprits. Mais est-il aussi essentiel qu'on veut bien nous le faire croire? On trouvera toujours des périodes et des pays où une politique particulière a été efficace dans un sens comme dans l'autre. En réalité, on sait qu'une "bonne" politique économique est faite d'un mélange subtil entre libertés d'entreprendre et régulation par les politiques publiques.

-Les cycles de croissance ont fonctionné jusqu'à la moitié du XXéme siècle dans les pays occidentaux. Depuis, que constate-t-on? Une baisse tendancielle inéluctable des taux de croissance s'impose désormais. Dans les années 60 et 70, sur une décennie, il était supérieur à 4% par an en moyenne dans les pays développés. Dans les années 80 et 90, il était compris entre 2,5% et 1,5%. Lors de la première décennie du siècle commençant, il est inférieur à 1%.  Ces chiffres doivent bien entendu être modulés selon les situations particulières: par exemple, les pays du sud de l'Europe ont connu des chiffres plus importants à la fin du XXéme siècle car ils étaient dans un processus de rattrapage des économies du nord de l'Europe.

 

Ces deux questions récurrentes occultent une autre interrogation celle d'un accès de moins en moins facile aux différentes ressources qui permettent à une économie de fonctionner. C'est une question fondamentale: sans espaces pour construire et produire, sans ressources énergétiques, une économie ralentit inéluctablement.

Nous faisons l'hypothèse que la baisse tendancielle des taux de croissance dans les pays développés depuis 50 ans s'explique, en grande partie, par des ressources de moins en moins disponibles. Les pays émergents, au contraire, vivent ce que nous avons connu dans les années 60: une dynamique d'investissements qui stimule leur croissance. Mais c'est un phénomène passager qui va disparaître quand ils seront équipés (en autoroute, en réseau électrique, d'eau, en hôpitaux et en écoles, ...).

Avec cette grille d'analyse, on peut  avoir une  lecture différente de nos taux de croissance:

-Si le Japon possède une croissance atone depuis vingt ans: n'est ce pas parce que les territoires insulaires et les ressources japonaises se révèlent limités?

-Si la France a un taux de croissance longtemps légèrement supérieur à ses homologues européens, n'est ce pas parce que la densité plus faible de l'occupation humaine a permis de continuer plus longtemps qu'ailleurs l'artificialisation des espaces par le développement de la péri-urbanisation et des zones commerciales en périphérie des villes?

-Si les Etats-Unis connaissent depuis quelques mois une embellie de leur taux de croissance, n'est ce pas parce que l'économie du gaz de schistes, l'apparition providentielle d'une nouvelle ressource a relancé temporairement leur croissance?

 

Si on accepte d'ajouter cette nouvelle grille de lecture à notre vision du monde, il faut alors avoir une autre lecture du monde économique dans lequel nous vivons.

Prenons l'exemple de la France.  Le patrimoine national y est estimé à 12200 milliards d'euros, dont 75% est détenu par les ménages. Les Français possèdent 3600 milliards d'euros d'épargne. Il s'agit de chiffres considérables qui donnent la mesure de la réalité d'un pays développé.  Même si cette richesse est très inégalement répartie, chaque Français profite d'une partie de cette abondance. Si on le divise en parts égales,  chacun profite de  l'équivalent de 200 000 euros.

Mais cette manne évolue dans le temps : or, il faut bien constater qu'elle ne peut que diminuer de manière inéluctable pour plusieurs raisons.

-la première est celle des mécanismes d'évasion et d'"optimisation" fiscale. Les personnes et les entreprises les plus riches se donnent les moyens de payer peu d'impôts dans le pays dont ils profitent. Chaque année, c'est l'équivalent de 60 milliards qui partent à l'étranger. La dette cumulée des différentes collectivités publiques françaises atteint aujourd'hui les 1700 milliards, soit 20000 euros par habitant. Elle était de 1200 milliards vers l'an 2000. Quelles que soient les politiques pratiquées (réduire la dépense ou accroître les prélèvements), ce manque à gagner, s'il perdure, va continuer de creuser le déficit du pays, un déficit qui est finalement celui de chaque habitant.

-la seconde est celle du déficit commercial énorme engendré par l'achat d'hydrocarbures. Nos besoins et notre dépendance énergétiques sont tellement importants que nous perdons chaque année l'équivalent de 60 milliards en achat d'énergie. La France s'est ainsi appauvrie de 600 milliards d'euros en une décennie, une fortune qui a enrichi les pays pétroliers qui viennent maintenant, en retour, acheter une partie du patrimoine du pays (biens immobiliers et entreprises).

-Il faut y ajouter l'achat de ressources non renouvelables, de métaux particulièrement, dont la France ne dispose plus, ses mines ayant été épuisé au cours du XXéme siècle. C'est probablement encore quelques milliards par an que le pays perd aussi dans ces achats.

Au total, la France perd donc au moins 120 milliards par an. Chaque habitant perd donc l'équivalent de 1500 euros par an de son patrimoine!

Même si ces chiffres ne sont que des ordres de grandeur, même si cet appauvrissement est très inégalement réparti, il s'agit d'une réalité dont il faut impérativement tenir compte. On peut faire évoluer les politiques menées dans un sens plus ou moins libéral, si on ne tient pas compte de cette analyse, on en pourra pas faire évoluer la société française. 

On comprend ainsi peut-être mieux le sentiment partagé d'une crise continue, d'un appauvrissement général, et d'une impuissance des politiques à résoudre les problèmes de la population.

 

Dans les grilles d'analyse de la crise économique, il est devenu indispensable de tenir compte de la réalité de la crise écologique qu'il nous faut ici définir : la crise écologique est une crise de la rareté de différentes ressources cumulée (les territoires agricoles ou urbanisés, les minerais, les hydrocarbures, ...). La crise écologique participe à la crise économique, elles sont étroitement entrelacées. 

Si on accepte ces assertions, on peut alors avoir une autre vision du mot "durable". Une économie durable serait alors une économie qui ne perdrait pas de sa richesse, à cause de l'achat de ressources non renouvelables. 

Il faut cesser de séparer crise économique et problème écologique comme si l'un n'avait pas de rapport avec l'autre. Les dégâts écologiques sur l'environnement ont déjà un coût qui ne pourra que croître dans les années à venir et qui viendra impacter la croissance.

 

Il faut donc revoir notre relation entre environnement et richesse. Réfléchir à la richesse d'une Nation, c'est se donner les moyens de la maintenir. Cela nécessite des ressources durables et renouvelables, cela exige le développement d'une économie circulaire qui réutilise et recycle, cela exige de nouveaux métiers, de nouveaux emplois, de nouvelles entreprises, cela veut dire une relance économique différente et indispensable.

 

 

 

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 16:48

Depuis près de quarante ans, la récession économique née en Occident, avec la crise pétrolière de 1973, s'est étendue à l'ensemble de la planète. Comment expliquer ce phénomène considérable et globale?

 

Certes, ces quatre décennies ont été aussi le théâtre d'un formidable développement économique qui profite à une population aisée de plus en plus nombreuse. Pourtant, le ralentissement généralisé de la croissance des économies s'est déployée dans la plupart des pays, à partir de la crise des subprimes américaines née en 2008. Tous les espoirs de reprise de la croissance restent, pour l'instant, vains. Les sphères économiques guettent une reprise qui n'arrive pas. 

Nous faisons l'hypothèse que ce retour, sans cesse différé, de la croissance, mérite des interrogations et des explications plus originales que les justifications habituelles des économistes. On s'intéresse ici à une ressource cruciale à la croissance: les territoires.

 

1-L'occupation de l'espace, moteur de la croissance économique:

Pour tenter d'expliquer ce qui se joue dans les activités économiques, il nous faut prendre du recul et utiliser pour cela la métaphore des jeux. Pour rendre nos explications intelligible, nous allons utiliser une triple illustration, autour de deux jeux de plateaux (le jeu de Go et Blokus) et d'un jeu informatique des années 2000 (le jeu Sim City).

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Le jeu de Go oppose deux adversaires qui placent, à tour de rôle, des pierres noires et blanches sur un tablier, tenant ainsi de contrôler le plan de jeu. Chaque pierre représente un soldat, les soldats encerclés deviennent des prisonniers. Le jeu est terminé quand l'ensemble des pierres a été posé sur le plateau appelé Goban.

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Le jeu Blokus se joue sur un tablier de 400 cases qui, au départ, est vide. Chaque joueur place à son tour une de ses pièces sur le tablier. Le but du jeu est de placer le plus de pièces possible. Lorsque plus aucun joueur ne peut poser de pièce, la partie s'achève. Les pièces ont des tailles variées (du pentaminos de 5 cases au carré simple d'une case).

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SimCity est une série de jeux vidéo, mettant en scène la création et la gestion d'une ville. Le joueur est le maire, il dispose d'un budget et d'un territoire donné. Il doit créer différentes zones urbaines, construire des routes, distribuer l'eau et l'électricité, traiter les déchets, concevoir les réseaux de transport en commun et tout ce qui fait l'agrément d'une vie urbaine.

 

Quand on joue à ces trois jeux, on vit le même processus: dans un premier temps, le jeu est facile et rapide, on couvre promprement le territoire, le plateau. De multiples options s'offrent aux joueurs. Puis, progressivement, les contraintes augmentent, les alternatives se réduisent, les décisions deviennent plus difficiles à prendre. Les chois faits  en début de jeu impactent fortement l'espace occupé.

Les similitudes avec la réalité sont importantes. L'urbanisme fige l'occupation des territoires : une fois que l'on a tracé une autoroute, il devient très difficile de la déplacer. L'espace se densifie progressivement dans les trois jeux comme dans le processus d'urbanisation. La réduction progressive des possibilités fige et ralentit l'activité du joueur comme des acteurs économiques et publiques dans la réalité.

Ce ralentissement de l'activité du joueur a pour corrolaire le ralentissement de l'activité économique, le ralentissement inexorable de la croissance

Ce lien fort entre activités économiques et occupation de l'espace est souvent ignoré pour plusieurs raisons:

-il s'agit d'un processus sur le long terme: si une partie de go ou de blokus dure une heure, le phénomène de densification de l'espace urbain se met en place sur des décennies. Il n'est donc pas perçu comme un problème par ceux qui le vivent au quotidien.

-il agit à une petite échelle, de la taille d'une agglomération (celle du plateau de jeu), qui n'est pas perçue à la grande échelle des activités humaines (le pion ou la pièce du jeu).

-il s'agit d'un phénomène géographique. Or, les liens entre la science économique (préoccupée par la croissance) et la science géographique (intéressée par l'espace) sont ténues. La première faisant souvent preuve de mépris envers la seconde, considérée comme une science mineure.

 

Si on accepte cette hypothèse, on comprend mieux l'évolution des taux de croissance selon les pays. Ils ont été forts dans les pays occidentaux pendant les trentes glorieuses pour ralentir ensuite inexorablement. Ils sont actuellement importants dans les pays émergents. Mais ils sont en train de décroître.

Cette période de forte croissance est le moment où on construit les routes, où l'urbanisation s'étend, où les équipements se mettent en place (production d'énergies, réseaux de distribution, ...). Quand cette phase est terminée, la croissance se ralentit inéluctablement car les acteurs économiques et publiques ne disposent plus de territoires importants pour pouvoir développer leurs activités. 

Les conséquences de ce double processus de ralentissement et de densification sont nombreuses : extension de la péri-urbanisation, augmentation du prix du foncier et, par conséquent, de l'immobilier, accroissement du trafic automobile, jusqu'à l'embolie, transports en commun bondés et inadaptés, ...

Il y a donc un lien fort entre occupation des territoires et croissance. Une croissance forte est donc un phénomène qui ne peut se produire qu'une seule fois, que l'on ne retrouvera plus. Il y a donc une illusion, tenace chez les économistes et le personnel politique, à croire en un "retour de la croissance" qui ne se produira plus.

Ce mirage du retournement économique, que constitue l'espérance d'une nouvelle période de croissance, est lui même une autre cause de notre crise. Tablant sur ce retour, les pouvoirs publiques et les entreprises ont énormément utilisé l'outil de la dette pour développer leurs activités. L'emprunt devient déraisonnable quand il se base sur un pari: celui de croire que la croissance va venir l'effacer.

 

2-La mondialisation, une extension des ressources disponibles:

Cette illusion a pu perdurer car l'activité économique possède d'autres fondements que l'occupation du territoire. Une révolution technologique, internet par exemple, possède des vertus de relance de l'activité qui permettent de gagner quelques points de PIB, pendant quelques années.

La fin du XXéme siècle a été marqué par le processus de globalisation et de mondialisation économique, fortement créateur de richesse à l'échelle de la planète.

Mais on peut avoir une autre lecture de ce processus. Si nous revenons à notre métaphore des jeux, on peut considérer la mondialisation comme le fait d'accroître de manière démesuré, les cartes, les plateaux utilisées.

En fait, tout s'est passé comme si le "joueur" économique, ayant épuisé toutes les facilités du territoire de son pays s'était donné les moyens  de trouver d'autres ressources.

La mondialisation abolit les frontières. Les joueurs de Go ou de Blokus ayant terminé leur partie, parce qu'ils ont utilisé tous l'espace disponible, vont relier plusieurs plateaux pour pouvoir continuer leur partie. La mondialisation s'explique par la volonté des acteurs économiques de trouver de nouveaux espaces disponibles. La colonisation avait permis de trouver de nouveaux plateaux de "jeux". La décolonisation a interrompu ce processus, en découpant des territoires de jeux limités par les frontières. La mondialisation permet de le reprendre.

Elle donne l'illusion que la croissance peut "naturellement" revenir alors qu'elle ne reprend que parce que nous avons trouvé de nouveaux territoires à urbaniser et à occuper.

Les géographes ont forgé le terme de planétarisation, un parallèle au concept de mondialisation, pour décrire cette invasion anthropique progressive de l'ensemble des espaces de la planète.

Pour en finir avec la métaphore des jeux, tout se passe comme si, en passant d'un tablier de 400 cases à un tablier de 1600 cases, le joueur de blokus s'était donné les moyens d'accroître son temps de jeu. 

Le problème, c'est que l'Humanité ne joue pas. Elle n'a pas la possibilité de renverser le plateau de jeu et de recommencer une nouvelle partie. Elle doit se coltiner avec un plateau unique et limité : celui de notre planète. 


Conclusion: L'illusion du retour, sans cesse différé, de la croissance est un mirage qui irrigue les croyances de la majorité de nos contemporains.   Elle s'explique par notre incapacité à comprendre les limites physiques de nos activités humaines. Elle freine la prise de conscience indispensable qui doit permettre de prendre les décisions nécessaires qui doivent nous mener d'un monde de croissance, de plus en plus (dés)espéré à un monde durable et stable, adapté à des territoires que nous avons pleinement occupés.

Pour aller plus loin sur ces questions, je vous recommande la lecture des textes suivants:

Les origines environnementales de la crise financière

 

Changer de lunettes pour comprendre la crise


 

 

 

 

 

 

 

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 06:35

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Longtemps combattue avec succès, l'inflation est de retour. Comment comprendre la réapparition d'un phénomène essentiel aux activités économiques?

 

L'inflation est de retour dans l'hexagone: des prix du gaz, de l'électricité en hausse continue et contenue en France par la pression de la puissance publique; des prix des carburants qui, de nouveau, se rapprochent de leurs records historiques; les loyers des petits appartements en région parisienne en augmentation de 10% cette année; des denrées alimentaires en hausse de 3,7%.


Certes, officiellement l'inflation s'établit en France autour des 2% (2,1% pour 2011) mais le calcul de l'indice des prix à la consommation est de plus en plus critiqué. Il repose sur un calcul global qui mélange des éléments très différents. Restons-en à ces augmentations de prix précis qui concernent des produits ou des services qui touchent la vie quotidienne des Français. 

 

Ce que partagent ces différents prix en hausse, c'est l'idée de rareté. Il s'agit à chaque fois de ressources dont la disponibilité n'est pas toujours acquise, pour lesquels des tensions importantes se font jour entre l'offre et la demande.

Le gaz et les carburants sont des hydrocarbures pour lesquels la demande sur le marché mondial est et restera très importante. L'électricité subit la nécessité pour les opérateurs d'investir fortement dans les infrastructures et  la sécurité pour en assurer la production. Le marché de l'immobilier est confronté à la pénurie de logements disponibles. Les denrées alimentaires subissent des tensions sur les marchés mondiaux et sont handicapées par l'augmentation des coûts des intrants (engrais et gasoil).

Cette inflation n'est donc pas une inflation classique liée à l'évolution de la croissance, de l'emploi ou aux politiques monétaires des Etats mais une inflation créée par la rareté de ressources non renouvelables: hydrocarbures, logements, terres agricoles. C'est une inflation qui est fille de la mondialisation, d'une mondialisation qui a globalisé ces ressources et s'est étendu à la planète entière. C'est une inflation qui est en lien direct avec la crise écologique dont nous sommes en train de vivre les prémices.

Conclusion: pour la majorité des analystes, l'économie et l'environnement ne font pas bon ménage, la seconde étant considérée comme un coût au détriment de la croissance. Progressivement, il va nous falloir accepter l'idée que l'économie va dépendre de plus en plus de notre capacité à appuyer nos activités humaines sur des ressources durables

source image : le blog "les crises" d'Olivier Berruyer

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 10:12

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Dans les milieux économiques, il est de bon ton de défendre ce que l'on appelle des politiques contracycliques. Qu'est-ce que cela signifie?

 

 

Il s'agit, dans les périodes de faible activité économique ou de crise de relancer l'économie par l'investissement public puis de renflouer les dettes en période de forte croissance. "Une politique budgétaire contracyclique est une politique dans laquelle l'État s'active à relancer l'économie lorsque la croissance économique est inférieure à la croissance potentielle, et à améliorer l'état de ses finances lorsque la croissance est forte." (wikipédia).

 

Or, cette belle mécanique ne fonctionne pas puisque les pays "développés" ont accumulé, depuis 30 ans, des déficits abyssaux:  La France accumule 1700 milliards d'euros de dette, l'Allemagne dépasse les 2000 milliards et les Etats-Unis les 14000 milliards de dollars.

Dans la mécanique contracyclique, les périodes de "bonnes" conjonctures sont utilisées pour "engranger" des recettes fiscales ou réduire la dette. Or, depuis les années 70, ces pays n'arrivent pas à utiliser ces bonnes périodes.

Pour comprendre ce qui se passe, il faut aller voir le magnifique schéma que présente Olivier Berruyer sur son blog "les crises". En lissant par décennie le PIB par Français, il démontre que celui-ci n'a cessé de baisser, se rapprochant progressivement de 0.

Ce phénomène  illustre ce que l'économiste Kenneth Rogoff appelle "l'âge des rendements décroissants": plus on avance, plus les économies développées semblent incapables de fabriquer de la croissance.

Le même schéma pourrait exister pour la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis.  C'est pour cela que les politiques contracycliques ne marchent pas : les périodes fastes étant trop peu nombreuses, nos Etats ont abusé de la relance par des politiques budgétaires expansionnistes qui n'ont pas atteint leur objectif.

Et pourquoi ne l'ont-elles pas atteint?

Les économistes classiques ont bien du mal à expliquer ce phénomène mais un indice doit nous servir de révélateur. C'est à partir de 74 que la baisse de croissance apparaît, c'est-à-dire au moment où une ressource vitale pour nos sociétés  commence à coûter très cher : le pétrole.

 

Or, depuis, progressivement toutes les ressources ont vu leur prix augmenter au fur et à mesure que la mondialisation et le développement de nombreux pays ont accru les tensions entre l'offre et la demande. Terres agricoles,  hydrocarbures, minerais, terrains à bâtir, denrées agricoles, eaux: toutes nos ressources sont devenues rares et chères. C'est principalement pour cette raison que la croissance se rapproche de 0: nous sommes en train d'atteindre les limites de notre planète: c'est la crise écologique.

 

C'est pourquoi les politiques contracycliques qui espèrent de nouvelles périodes de croissance sont une illusion dangereuse: nous ne rembourserons jamais nos dettes. 

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 18:58

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La France est morose. Le chômage est au plus haut, le moral au plus bas. La dette est abyssale; les patrons ont des salaires au sommet. Les glaciers fondent et les déchets de toute sorte s'accumulent dans nos corps et nos océans.

 

La crise est là, partout, dans les têtes et dans le corps social, dans le tissu urbain aux plaies béantes des friches industrielles, dans le souffrances du mal-logement. La crise est là dans la valse des étiquettes et dans les salaires qui ne suivent pas.

Et puis une autre crise est là, moins présente, bien différente, celle de la perte de la biodiversité , des réserves de pétrole qui diminuent, des pollutions de toute sorte qui envahissent nos territoires de vie : la terre, l'eau, l'air, nos corps humains.

 

Crise économique, crise écologique, nous faisons comme si, -nous avons toujours fait comme si-, l'un et l'autre était bien différente. Aussi regrettable certes, mais deux problèmes bien distincts. Pour l'un, il faudrait faire ceci, et pour l'autre, faire cela. Et puis même, la résolution de la première est entravée par la seconde: à l'heure de nos graves problèmes économiques, l'écologie commence a bien faire. On a plus sérieux à s'occuper que des oiseaux, de l'air que l'on respire et du soi-disant danger nucléaire.

 

Et si l'un avait affaire avec l'autre? Et si la résolution économique de la crise avait à voir avec la résolution de l'écologie de la crise? Si le système financier était étroitement corrélé avec l'environnement des sociétés humaines qui peuplent notre Planète?

Au coeur de ces liens étroits entre nos deux crises, on trouvera la notion économique classique de la rareté. Depuis David Ricardo et sa théorie de la valeur, l'économie s'intéresse aux liens entre rareté et valeur. La rareté d'un bien ou d'un service en accroît son prix.

Or, nous le savons maintenant : nous avons atteint les limites de nos capacités à exploiter les différentes ressources de notre planète. Mécaniquement, les prix augmentent.

On peut le dire maintenant: Malthus s'est trompé. Il envisageait une augmentation géométrique de la population alors que les ressources alimentaires ne s'accroissent que de manière arithmétique. Mais si Malthus formulait correctement le problème, il ne pouvait pas comprendre que les difficultés qu'allaient rencontrer l'humanité n'étaient pas uniquement  ceux du manque de nourritures. Ils sont aussi celui de l'énergie qui manque, des particules polluantes qui envahissent l'atmosphère, de la biodiversité, source perdue de valeur économique, ... et  d'autres biens de plus en plus rares.

Les sociétés et les individus accordent une valeur toujours élevée à des ressources de plus en plus disputées. Ils cherchent l'argent  nécessaire à leur achat, ils s'endettent pour cela. Et voilà comment la crise écologique explique en partie la crise des dettes.

 

Il faut cesser de chercher des solutions à nos crises économiques qui ignorent les solutions à la crise écologique. Celle-ci ne s'oppose pas à nos difficultés financières, elles sont étroitement interdépendantes.

Pour résoudre l'une et l'autre, il faudra s'en occuper conjointement. Il faudra embrasser le système enlacé qu'elle constitue. Il faudra cesser de croire qu'elles s'accumulent et comprendre qu'elles vivent et évoluent ensemble. 

Pour en savoir plus:

Les origines environnementales de la crise financière

Une crise peut en cacher une autre

Changer de lunettes pour comprendre la crise

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 06:59

 

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Malgré la montée en puissance de la campagne présidentielle, la crise ne lâche pas prise. Chaque jour, une mauvaise nouvelle supplémentaire vient gâcher la machine à espoir que représentaient traditionnellement une campagne présidentielle et ses promesses de lendemains qui chantent.

 

1-Les lunettes du passé:

La communication et le programme des candidats s'en trouvent bouleversés. Devant l'angoisse des Français, chaque usine qui ferme est devenue un bastion de résistance qu'on visite avant le combat. Chacun prie, répète la litanie du "retour de la croissance" comme si la méthode Coué allait suffire à la faire revenir. 

Le décalage n'a jamais été aussi criant entre les discours et la faiblesse des réponses proposées. Le personnel politique démontre l'impuissance des réponses idéologiques qu'on nous sert : ouvrir ou fermer les frontières, faire payer les riches, libéraliser l'économie, virer les étrangers. Depuis 30 ans, tout cela a déjà été essayé en France ou ailleurs. Partout les mêmes échecs, les mêmes déconvenues. 

Mais derrière les miroirs aux alouettes fatigués des politiques, les experts et les commentateurs prouvent, chaque jour, leur incapacité à interpréter la crise que nous traversons. Leurs réponses et leurs solutions ont la décevante saveur d'ingrédients du passé. Les lunettes qu'ils chaussent pour nous expliquer le monde ne leur permettent de décrire que l'épiderme du monstre de la crise qui commence à s'agiter sous nos pieds. Les solutions qu'ils proposent sont des armes du passé, inadaptées à la violente émergence d'un phénomène qu'ils n'ont pas compris.

Pour déchiffrer ce qui nous arrive, il faut que chacun accepte d'enlever les lunettes usées de ses convictions idéologiques. La complexité de la situation nécessite de sortir des vieux schémas manichéens où nous avons l'habitude de toujours désigner les mêmes coupables responsables de nos maux (l'Etat, l'Europe, les étrangers, les écolos, le capitalisme, ...). 


2-Les lunettes de l'avenir:

L'ampleur croissante de la crise française, européenne et mondiale illustre la dégénérescence du modèle économique qui fut notre moteur tout le long du XXéme siècle.

Pour le comprendre, partons d'un micro-phénomène qui fut bien mal décrit et expliqué par nos commentateurs politiques : la perte du triple AAA par la France. Que l'on s'en gausse ou que l'on pousse des cris d'horreur devant la "dégradation de la note par Standart & Poors", tous se trompent en pensant que la dette française est à l'origine de cette décision. 

Ainsi, l'Allemagne présentée partout comme la championne de la vertu doit pourtant trouver 180 milliards cette année pour payer ses dettes. En réalité la décision de "dégrader" la France s'appuie sur un constat simple: contrairement à son voisin d'outre-Rhin, la France a, depuis 2004, une balance des paiements déficitaires.

Variant entre 50 et 80 milliards par an, ce déficit a une double conséquence : il appauvrit le pays et l'Etat, il ne permet pas de payer nos dettes. Depuis 2004, notre Nation a perdu ainsi 500 milliards de richesse, dont une grande partie est représentée par la dette de l'Etat. Mais cette perte est constituée aussi de dettes privées, de rachats d'entreprises et surtout de l'appauvrissement d'une partie de notre population.

Or, de quoi est fait essentiellement cette balance des paiements déficitaires? Essentiellement de l'achat de ressources fossiles nécessaires à nos modes de vie. Les hydrocarbures constituent le gros de la dépense.  Les autres ressources (minerais, uranium,...) participent à ce mouvement général.  Le seul pétrole nous coûte au moins 50 milliards par an et l'on sait que son prix va augmenter fortement dans les décennies à venir.

La cause véritable de la crise est donc celle-là: notre dépendance a des ressources fossiles de plus en plus rares et donc, inexorablement, de plus en plus chères.


 

3-Quels enseignements faut-il tirer de cette analyse?

-les politiques d'austérité budgétaire ne servent à rien. Là dessus, tout le monde (sauf les gouvernements européens !) sont d'accord !

-Continuer les politiques  classiques soit de libéralisation, soit de relance par la consommation, serait inutile. Ce n'est pas le problème que nous devons affronter.

-le seul combat a mener de toute urgence, consiste à s'attaquer à notre dépendance aux ressources fossiles. Concevoir et commencer à mettre en place des modes de transport, des usages de l'énergie, des modèles industriels et des formes d'urbanisme qui nous sortent de nos dépendances aux hydrocarbures, aux ressources non renouvelables et fossiles est une nécessité nationale.

Résoudre la crise, c'est commencer par résoudre nos dépendances à des ressources finies de plus en plus chers.

Il faut nous éloigner du modèle économique dominant depuis 50 ans, construit autour du gaspillage d'énergie fossile bon marché. Il faut sortir de nos têtes l'idée que ce modèle pourrait, par la magie du progrès technique, devenir pérenne. 

Mais, il ne s'agit pas de "revenir  à la bougie". Le progrès technique autorise d'autres modes de vie confortables et heureux. L'humanité doit accepter de sortir du gaspillage généralisé pour rentrer dans celui de la sobriété durable. Comme à chaque période de l'histoire, cette révolution écologique sera l'occasion d'une renaissance économique: le charbon fut le coeur de la première révolution industrielle du XIXeme siècle, le pétrole fut au coeur de la seconde, les énergies renouvelables seront au coeur de la troisième. 

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 22:27

Un diaporama pour comprendre et résumer la pensée de l'auteur de ce blog : comment définir la crise écologique?

 

 

Crise écologique

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 13:13

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Si il faut retenir un seul fait de l'année 2011, on retiendra sans doute l'actualité redondante de ces réunions et sommets "de la dernière chance" où les chefs d'Etat devaient chercher des solutions pour sauver la France, l'Europe ou le Monde. Toute l'année, l'information a été saturé par la redondance de cette mise en scène de l'angoisse qui a fini par personnifier la Crise toute entière. Mais la crise est-elle seulement ce déficit budgétaire abyssal et ce triple A en perdition?

 

Prenons de la distance et changeons de siècle. Le 14 juillet 1989, les parisiens qui prennent d'assaut la prison d'Etat, à la Bastille, savent-ils qu'ils déclenchent une révolution qui va bouleverser leurs vies, leur pays et l'Europe toute entière? Bien entendu, non. C'est toute la dynamique des phénomènes historiques quand on les étudie confortablement avec quelques siècles de recul : chaque événement s'inscrit dans des processus plus complexes et sur le long terme. Ainsi,  la Révolution Française fut lancé par plusieurs événements (la Bastille, les Etats généraux, ...) qui s'inscrivent dans une série de causes plus larges, à envisager sur le long terme : les inégalités sociales de la société française sont connues, mais on connaît moins bien le rôle des dettes de la royauté (tiens, tiens ...!), le rôle des Lumières, la montée de nouvelles élites, les famines et les désordres populaires... Les contemporains n'avaient probablement pas conscience de ces explications

 

Revenons à notre Crise : la crise financière est mise en avant mais elle révèle la crise de l'Etat fragilisé. On sait que la crise de 2008 est l'aboutissement (provisoire !) de 30 ans d'atonie économique.  Deux autres raisons sont souvent évoquées : les effets négatifs de la libéralisation économique et de la mondialisation des échanges.  On n'en discutera pas ici mais on voudrait insister sur un autre aspects souvent ignorés de nos contemporains : les ressources planétaires  ont atteintes leurs limites et commencent à manquer. Les idées Malthusiennes doivent retenir notre intérêt car elles permettent aussi de comprendre les racines de la Crise globale qui nous ronge.

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 09:55

 

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Les économistes sont atterrés, interloqués, désemparés. Experts doctes, universitaires prestigieux,  dans leurs écrits, comme dans les débats télévisés, ils ne savent plus comment expliquer la crise que nous vivons. Aidons-les un peu !

Si toutes les interprétations sont inefficaces, c'est probablement que nous ne regardons pas dans la bonne direction. Les économistes sont comme ces médecins hospitaliers qui ne comprennent pas la maladie de leurs patients, parce qu'ils n'ont pas compris que c'est l'hôpital tout entier qui bouge et se lézarde!

Dans la théorie économique, les cycles sont des périodes qui voient revenir, à des périodes hypothétiques, le même phénomène économique.  Or, ce que nous vivons depuis quatre ans ne ressemble à rien de connu. Après une crise spéculative financière née aux Etats-Unis, dont les racines se trouvent dans le secteur immobilier, nous vivons une crise des dettes des Etats, dont l'épicentre se trouve en Europe, mais cette crise touche aussi tous les anciennes puissances développées.

Aujourd'hui, nous entrons dans une nouvelle phase de cette crise multiforme qui se caractérisera par la récession, une croissance négative, et son extension progressive à l'ensemble de la planète. Les économistes cherchent la porte de sortie, mais  sans trouver de solutions convaincantes: cette crise est aussi une crise des solutions imaginées puisque aucune révolution technologique ne se profile à l'horizon.

 

Pour comprendre ce qui nous arrive, il faut remonter aux mois qui ont précédés le déclenchement du krach de l'automne 2008. La crise des prêts hypothécaires à risque (subprime) démarre aux Etats-Unis à partir de juillet 2007.  Elle masque d'autres crises : celle de l'augmentation, sur les marchés mondiaux, des prix de bon nombre de matières premières agricoles et denrées alimentaires de base, celle de la qualification de "troisième choc pétrolier" donnée par certains observateurs au record historique du prix du baril qui a dépassé les 145 dollars en Asie le 3 juillet 2008.

Depuis, la crise économique a fait dégonfler ces bulles. Mais il nous faut voir la réalité en face : les véritables causes de nos maux actuels sont à chercher dans ces prix jamais atteints pour les ressources de base dont nous avons besoin pour alimenter nos économies. 

Si les économies américaines et européennes n'arrivent pas à repartir, si la récession menace et s'étend, c'est parce que nous avons atteint un plafond de verre, invisible à la majorité des experts, celui de nos ressources en minerais, en aliments, en pétrole. Dans une économie totalement mondialisée, les ressources sont utilisées de manière globale. L'émergence de nouvelles puissances au Sud explique l'accélération de l'usage de ces ressources.

Mais quel lien entre cette crise des ressources et les origines du déclenchement de la dépression mondiale dans lequel nous sommes entrés? On pourrait nous répondre que le krach financier de l'automne 2008 et le malaise de l'endettement européen n'ont pas de relations  avec l'augmentation du prix des ressources.

Or, ces liens directs existent. Prenons d'abord, la crise des subprimes.  Ces produits bancaires complexes ont été utilisé essentiellement pour alimenter le marché du logement. Ils ont été employé comme une réponse à l'augmentation des prix de l'immobilier, phénomène occidental depuis 20 ans, mondiale depuis une décennie. L'augmentation du prix des terres est, en réalité, l'illustration d'un autre phénomène convergent : l'espace est une autre ressource qui manque et ne suffit plus pour répondre à la demande mondiale. Face à cette difficulté, les subprimes ont été la réponse -pourrie et potentiellement dévastatrice- inventée par le système financier. Le krach financière de l'automne 2008 a donc bien pour origine les tensions autour des ressources.

La crise des dettes publiques ne semble pas dépendre de cette crise des ressources. Mais en apparence seulement. En effet, toute la logique de l'endettement public provient d'une cohérence keynésienne : pour permettre l'innovation économique, il faut dépenser, par avance, de manière à alimenter le moteur de la croissance. Ce mécanisme a très bien fonctionné parce que de nouveaux territoires, de nouvelles technologies, de nouvelles ressources s'offraient continuellement aux sociétés, aux Etats et aux entreprises. Le rebond était toujours possible. On trouvait constamment les moyens de rembourser les dettes, une fois que la relance économique avait eu lieu. Or, il n'y a plus de nouvelles espaces et de nouvelles ressources pour espérer recommencer. A la fin du XXéme siècle, nous sommes entrés dans un monde fini, une planète dont les territoires sont partout maîtrisés et exploités. Le mécanisme de la dette s'effondre. Les sociétés, n'ayant pas conscience de ce phénomène, ont continué à utiliser ce moteur sans se rendre compte qu'elles creusaient leur tombe.

Pourquoi les observateurs ont du mal à percevoir ce qui est en train de se passer? D'abord parce qu'il reste quelques marges de manoeuvre  qui font illusion : l'Arctique peut être perçu comme une nouvelle frontière, les gaz de schistes comme une nouvelle ressource, ... Ensuite, nos habitudes culturelles, nos modèles économiques en vigueur depuis que nous existons, sont basés sur l'exploitation de ces ressources. Nos cerveaux -et ceux de nos experts économiques particulièrement- n'arrivent pas à comprendre et à imaginer les phénomènes que nous vivons.

 

Nous avons atteint le plafond de verre de nos ressources. L'Occident, qui en est le principal consommateur, a été atteint le premier mais ce plafond est mondial et la crise va devenir mondiale.

Mais il serait inutile d'en rester à ce constat négatif. Il ne faut pas sombrer dans le pessimisme. Et cela pour deux raisons.

D'abord, si nous savons maintenant de quel mal nous sommes atteint, alors nous allons pouvoir nous soigner.

Ensuite, parce que c'est dans le mal -les limites de nos ressources- que se trouve la solution. Il nous faut maintenant construire des sociétés durables. Or, c'est dans cette édification que nous allons trouver les moyens de rebondir et de dépasser la crise globale qui nous a frappé.

 Pour aller plus loin:

Les origines environnementales de la crise financière

Crise économique, comment en sortir?

Politique durable

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